Cédric HORBLIN
2005-02-03 16:36:28 UTC
Les 500 meilleurs disques de tous les temps: une farce messieurs
Vouloir sélectionner les 500 meilleurs disques de «tous les temps» relève du
défi le plus insensé, de lentreprise périlleuse par excellence, pour ne pas
dire impossible. Mais après tout, pourquoi pas. Encore faut-il savoir de
quels disques, de quelle musique, donc de quels auditeurs et de quel
continent il est question.
Acceptons-en lidée. Et si les promoteurs de ces travaux herculéens
faisaient autorité? Après tout, dans dautres domaines, il est parfaitement
envisageable de tomber (presque) daccord sur une liste des cinq cents chefs
duvre de la littérature de tous les temps, ou des cinq cents meilleurs
films du siècle.
Mais la musique? Nimporte quelle liste de 500 soi-disant meilleurs disques,
quelle que soit la bonne volonté et la qualité de ses auteurs, est déjà
sujette à caution. Car quon soit fan ou spécialiste de musiques au Canada,
en Argentine, en Finlande, au Cameroun, en Irak, en Australie ou au Japon ou
à Cuba, pour névoquer que 8 des quelque 190 nationalités répertoriées sur
la planète, quon ait 20, 40 ou 80 ans au moment du vote, quon soit mineur
à Potosi, Bolivie, courtier à Wall Street, agriculteur du bush tanzanien ou
artiste en Corée du Sud, la sélection retenue prendra chaque fois des
virages à 180 degrés.
Et quand on la publie, cette liste de 500 meilleurs disques du siècle, on
franchit un nouveau seuil dans le sentencieux, larrogant et lhyperbolique.
Du dantesque on passe au pédantesque. Sans passer par la case de la
relativité.
Cest ce que vient de commettre le bimensuel américain mondialement connu,
Rolling Stone dans un récent numéro et que nous avions laissé au début des
années 70 quand il était la bible de la contre- culture, tendance
californienne.
«500 Greatest Albums of all time». Pourquoi de tous les temps? La musique
enregistrée nest pas si vieille nest-ce pas? Et le mot «album» est récent.
On sattendait au pire. Il a été franchi, à une ou deux exceptions près. On
verra plus loin.
Donc penchons nous sur cette célèbre liste: à eux seuls, les Beatles, Bob
Dylan, les Rolling Stones, les Who et Bruce Springsteen représentent 10%
du total.
À la première place Sgt Peppers Lonely Hearts Club Band «disque de rocknroll
le plus important jamais enregistré, aventure jamais surpassée». Les quatre
garçons dans le vent de Liverpool placent 3 autres albums (Revolver, 3è
place, Rubber Soul, 5 et lAlbum blanc, 10è) en tête de liste.
Qui est donc en deuxième position? Les Beach Boys avec lalbum Pet Sounds.
Bob Dylan est cité deux fois dans les dix premiers (Highway 61 Revisited, 4
ème place et Blonde on Blonde à la 9) ou seul London Calling des Clash (8)
remonte à moins de trente ans, 23 exactement.
Le premier album dun musicien noir est à la 6e place avec Marvin Gaye pour
Whats Going On. La première femme est Joni Mitchell avec Blue à la 30e
place. Pour le jazz, trois albums (Miles Davis, John Coltrane et Ornette
Coleman). Trois sur 500 Le premier non Américain ou Britannique est le
Jamaïcain Bob Marley, à la 46e place. Pour le blues une seule mention avec
Robert Johnson (1911-1938).
Arrivé là , loverdose nous a gagné depuis longtemps. Avec la forte
sensation que Rolling Stone sest fichu non seulement de nous, mais de la
majorité de ses lecteurs. 500 Greatest Albums of all time? Supercherie,
provocation ou inculture affichée? Tout à la fois. Faire la liste des
usurpateurs, des surreprésentés ou des mal placés comme Velvet Underground
ou Jimmy Hendrix devient inutile. Quant à celles des absents
On refait le compte. Sur 500 albums, 498 sont chantés en anglais, «étant
précisé que lEurope a deux représentants, les Suédois dAbba et les
Allemands de Kraftwerk mais qui chantent en anglais.
Arrivé là , une vive curiosité nous réveille. Notre il allumé parcourt la
liste avec frénésie.
Qui sont donc les deux heureux élus? Qui ne chantent pas en anglais, qui nappartiennent
manifestement pas au rock and roll ou à la pop music. Qui ont eu lindulgence
suprême du jury de Rolling Stone. Qui ont tellement de talent quils ne
peuvent pas ne pas figurer.
Un chanteur français? Charles Trenet? Une chanteuse française? Edith Piaf?
Non.
Un chanteur africain? Youssou NDour? Non. Une chanteuse latino-américaine,
on pense à Violeta Parra? Non plus. Un cantaor flamenco, Camará» de la Isla
ou Paco de Lucía? Non, non. Un ténor ou une soprano de musique classique?
Pas davantage. Ils nourriraient une liste des absents, avec tant dautres.
Mais alors?
À la 454è place, on trouve Bossa Nova, album de musique brésilienne, du
chanteur compositeur Joao Gilberto et du saxophoniste ténor américain Stan
Getz. Cest vrai cest une merveille.
Et à la 260è Buena Vista Social Club. (MP)
Vouloir sélectionner les 500 meilleurs disques de «tous les temps» relève du
défi le plus insensé, de lentreprise périlleuse par excellence, pour ne pas
dire impossible. Mais après tout, pourquoi pas. Encore faut-il savoir de
quels disques, de quelle musique, donc de quels auditeurs et de quel
continent il est question.
Acceptons-en lidée. Et si les promoteurs de ces travaux herculéens
faisaient autorité? Après tout, dans dautres domaines, il est parfaitement
envisageable de tomber (presque) daccord sur une liste des cinq cents chefs
duvre de la littérature de tous les temps, ou des cinq cents meilleurs
films du siècle.
Mais la musique? Nimporte quelle liste de 500 soi-disant meilleurs disques,
quelle que soit la bonne volonté et la qualité de ses auteurs, est déjà
sujette à caution. Car quon soit fan ou spécialiste de musiques au Canada,
en Argentine, en Finlande, au Cameroun, en Irak, en Australie ou au Japon ou
à Cuba, pour névoquer que 8 des quelque 190 nationalités répertoriées sur
la planète, quon ait 20, 40 ou 80 ans au moment du vote, quon soit mineur
à Potosi, Bolivie, courtier à Wall Street, agriculteur du bush tanzanien ou
artiste en Corée du Sud, la sélection retenue prendra chaque fois des
virages à 180 degrés.
Et quand on la publie, cette liste de 500 meilleurs disques du siècle, on
franchit un nouveau seuil dans le sentencieux, larrogant et lhyperbolique.
Du dantesque on passe au pédantesque. Sans passer par la case de la
relativité.
Cest ce que vient de commettre le bimensuel américain mondialement connu,
Rolling Stone dans un récent numéro et que nous avions laissé au début des
années 70 quand il était la bible de la contre- culture, tendance
californienne.
«500 Greatest Albums of all time». Pourquoi de tous les temps? La musique
enregistrée nest pas si vieille nest-ce pas? Et le mot «album» est récent.
On sattendait au pire. Il a été franchi, à une ou deux exceptions près. On
verra plus loin.
Donc penchons nous sur cette célèbre liste: à eux seuls, les Beatles, Bob
Dylan, les Rolling Stones, les Who et Bruce Springsteen représentent 10%
du total.
À la première place Sgt Peppers Lonely Hearts Club Band «disque de rocknroll
le plus important jamais enregistré, aventure jamais surpassée». Les quatre
garçons dans le vent de Liverpool placent 3 autres albums (Revolver, 3è
place, Rubber Soul, 5 et lAlbum blanc, 10è) en tête de liste.
Qui est donc en deuxième position? Les Beach Boys avec lalbum Pet Sounds.
Bob Dylan est cité deux fois dans les dix premiers (Highway 61 Revisited, 4
ème place et Blonde on Blonde à la 9) ou seul London Calling des Clash (8)
remonte à moins de trente ans, 23 exactement.
Le premier album dun musicien noir est à la 6e place avec Marvin Gaye pour
Whats Going On. La première femme est Joni Mitchell avec Blue à la 30e
place. Pour le jazz, trois albums (Miles Davis, John Coltrane et Ornette
Coleman). Trois sur 500 Le premier non Américain ou Britannique est le
Jamaïcain Bob Marley, à la 46e place. Pour le blues une seule mention avec
Robert Johnson (1911-1938).
Arrivé là , loverdose nous a gagné depuis longtemps. Avec la forte
sensation que Rolling Stone sest fichu non seulement de nous, mais de la
majorité de ses lecteurs. 500 Greatest Albums of all time? Supercherie,
provocation ou inculture affichée? Tout à la fois. Faire la liste des
usurpateurs, des surreprésentés ou des mal placés comme Velvet Underground
ou Jimmy Hendrix devient inutile. Quant à celles des absents
On refait le compte. Sur 500 albums, 498 sont chantés en anglais, «étant
précisé que lEurope a deux représentants, les Suédois dAbba et les
Allemands de Kraftwerk mais qui chantent en anglais.
Arrivé là , une vive curiosité nous réveille. Notre il allumé parcourt la
liste avec frénésie.
Qui sont donc les deux heureux élus? Qui ne chantent pas en anglais, qui nappartiennent
manifestement pas au rock and roll ou à la pop music. Qui ont eu lindulgence
suprême du jury de Rolling Stone. Qui ont tellement de talent quils ne
peuvent pas ne pas figurer.
Un chanteur français? Charles Trenet? Une chanteuse française? Edith Piaf?
Non.
Un chanteur africain? Youssou NDour? Non. Une chanteuse latino-américaine,
on pense à Violeta Parra? Non plus. Un cantaor flamenco, Camará» de la Isla
ou Paco de Lucía? Non, non. Un ténor ou une soprano de musique classique?
Pas davantage. Ils nourriraient une liste des absents, avec tant dautres.
Mais alors?
À la 454è place, on trouve Bossa Nova, album de musique brésilienne, du
chanteur compositeur Joao Gilberto et du saxophoniste ténor américain Stan
Getz. Cest vrai cest une merveille.
Et à la 260è Buena Vista Social Club. (MP)